L’autre côté
Un chat réagit devant une porte fermée…
Un chat réagit devant une porte fermée…
Alors que les connaissances sur la crise écologique s’accumulent, les écologues s’angoissent, attristés par les destructions d’espaces naturels, impuissants face à un futur qui échappe à leur contrôle et qui fait redouter des malheurs graves. À la croisée de la sociologie des affects et des émotions, de la sociologie des sciences et de la sociologie des mobilisations, l’article étudie les chercheurs ayant travaillé sur les notions de services écosystémiques et de compensation écologique. Il montre que ces écologues, ainsi que leurs collègues qui étudient la protection de la nature, font l’expérience de l’angoisse écologique de différentes manières et qu’ils développent des stratégies variées pour gérer cette angoisse. Pour ce faire, une définition opérationnelle de l’angoisse écologique ainsi qu’une méthode d’analyse de son expression et de sa gestion sont proposées. En mobilisant la notion d’engagement épistémique, l’article propose de concevoir le travail de production de certaine...
Au cours de leur formation, les étudiant-e-s en interprétation de musique classique acquièrent une maîtrise instrumentale poussée et de solides connaissances théoriques. Ils et elles sont également amené-e-s à s’entraîner à se produire sur scène au travers de multiples concerts, récitals et auditions. Nombreux sont celles et ceux qui éprouvent de l’angoisse lors de ces événements. Les termes trac et stress sont très répandus pour parler de ces difficultés et la prolifération d’articles et d’ateliers témoigne d’un intérêt croissant pour ce sujet dans le milieu de la musique classique. Dans cet article, nous proposons de réfléchir à la place du stress lié à la performance musicale et à sa gestion par les interprètes. À partir de l’ethnographie d’une faculté de musique classique québécoise, nous analysons les discours et les pratiques qui participent à la définition mouvante du concept même de stress. La manière par laquelle les interprètes expliquent et s’approprient les discours scie...
L’angoisse des professeurs des écoles débutants s’exprime dans la tension entre des aspirations à être et une position vécue comme intenable. En s’appuyant sur une sociologie de la socialisation et une sociologie des institutions, et à partir d’une enquête de type ethnographique, cet article montre que l’angoisse est un rapport malheureux et socialement situé à une position. Elle peut être reliée à des fondements sociaux et notamment à des dispositions sociales plus ou moins propices à l’expression de crises d’angoisse. Elle relève aussi d’un fonctionnement institutionnel dont la forme s’impose aux corps et vient travailler ces dispositions. Cet article montre aussi l’importance du corps dans ces tensions. Ne pouvant rester ni ne pouvant s’extraire, les débutants expriment par le corps un désengagement impossible.
En se concentrant sur la question du rapport de l’individu à la forme et aux formes, la science de l’art (Kunstwissenschaft) d’Aby Warburg permet l’élaboration d’une généalogie singulière de l’angoisse, qui souligne le rôle crucial de cet affect pour comprendre la subjectivité moderne. Entretenant un dialogue avec Ernst Cassirer quant à la nécessité d’une philosophie des « formes symboliques », Warburg postule qu’un basculement de la phobie à l’angoisse a lieu par la création artistique ; en ce sens, l’angoisse ne témoigne du rapport du sujet à l’être que parce qu’elle implique plus originairement un rapport du sujet à la forme et à l’informe. C’est depuis une pensée de l’individuation entendue comme prise de forme ontogénétique que l’on se propose d’articuler le rapport à l’être et le rapport à la forme, dans une perspective qui fait droit au devenir. La philosophie de Gilbert Simondon peut alors éclairer l’entreprise warburgienne. L’angoisse apparaît comme un affect particulièreme...
Existe-t-il une forme d’angoisse propre aux dominants ? Si oui, comment peut-on l’appréhender et à quelles configurations politiques peut-on la rattacher ? En partant de ces questions, l’article propose une relecture des mémoires de Lee Kwan Yew, le père fondateur de Singapour, en s’intéressant à la place prépondérante qu’y occupe l’angoisse. Il montre que cette angoisse est propre à la situation (post-)coloniale de la cité-État et à la position désaxée des élites locales qui, comme Lee, sont socialement et économiquement de purs produits de l’occupation britannique, tout en étant politiquement engagées dans le combat pour l’indépendance. Pour ce faire, l’article propose une méthode originale qui consiste à appréhender l’angoisse à partir d’un paradigme indiciaire, proche de celui développé par la microhistoire et la psychanalyse, capable de faire sens d’évènements en apparence banals, de lapsus ou d’actes inconscients.
Alors que l’angoisse comme catégorie est abondamment mobilisée pour désigner une sensation corporelle de mal-être propre à l’individu, ce numéro de Tracés propose de se pencher sur l’angoisse comme régime d’expérience face à l’incertitude, à partir des outils non plus de la psychanalyse mais des sciences humaines et sociales. Les articles du numéro abordent ainsi les logiques qui sous-tendent les modes de manifestation de l’angoisse, en prenant en compte leurs dimensions à la fois corporelle, discursive et esthétique. On revient en particulier sur la question du caractère socialement situé de l’expression de l’angoisse (dépendantes à la fois d’un contexte institutionnel et de dispositions individuelles), mais aussi de leur caractère genré. Toutefois, l’analyse des manifestations de l’angoisse suppose d’abord de s’interroger sur leurs conditions de son objectivation dans le discours médical mais aussi par les sciences humaines et sociales prises dans leur diversité. Si le discours ps...
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