L’ethnographie des infrastructures

Cet article aborde des questions méthodologiques concernant l’étude des infrastructures à l’aide de certains outils et approches de l’ethnographie. La notion d’infrastructure est à la fois relationnelle et écologique. Une infrastructure n’a pas la même signification pour tous les groupes. Elle fait partie de l’équilibre entre actions, outils et environnements construits, tout en étant inséparable d’eux. Souvent, elle semble banale au point de friser l’ennui, avec ses branchements, normes et standards, et formulaires bureaucratiques. Parmi les difficultés liées à l’étude des infrastructures figurent : l’extrapolation, à partir de sites ethnographiques traditionnels, vers d’autres types de sites ; la gestion d’importantes quantités de données, comme celles produites par les relevés de transaction, entre autres activités informationnelles ; et la manière de rendre compte des relations entre les comportements en ligne et hors ligne. Quelques ficelles du métier pour relever ces défis con...

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Politiser les infrastructures nucléaires : les résistances au projet Cigéo à Bure. Entretien avec Gaspard D’Allens et Andrea Fuori, auteurs militants de Bure, la bataille du nucléaire

Alors que le secteur nucléaire connaît d’importantes évolutions, les luttes nucléaires anciennes se transforment et certains enjeux nouveaux émergent. La question de la gestion des déchets nucléaires devient de plus en plus un décisive pour l’avenir de la filière. Pour gérer le problème, d’immenses projets associés à d’importantes infrastructures se mettent en place, en provoquant des oppositions parfois vives. Nous avons rencontré deux militants ayant abondamment réfléchi à ces questions et nous les avons interrogés sur ces nouvelles infrastructures nucléaires, sur leur impact, et les multiples résistances qu’elles provoquent.

Quelle: http://journals.openedition.org/traces/8527

Étudier les infrastructures pour ouvrir les boîtes noires politiques. Entretien avec Timothy Mitchell

Cet entretien avec l’historien et spécialiste de sciences politiques Timothy Mitchell, mené par le philosophe Pierre Charbonnier et l’historien Julien Vincent, revient sur les enjeux d’une œuvre intellectuelle où les rapports entre politique et infrastructures sont omniprésents. L’interlocuteur revient sur le contexte dans lequel il a d’abord élaboré son cadre théorique, entre études postcoloniales et Science and Technology Studies (STS). Il discute ensuite la portée de ses travaux sur les concepts de modernité, d’État, de technologie, d’énergie fossile. Enfin, il développe les implications politiques de ses travaux, notamment à partir d’une réflexion sur l’élection de Donald Trump à la présidence américaine.

Quelle: http://journals.openedition.org/traces/8499

Prendre soin des infrastructures. Introduction à la traduction de « L’ethnographie des infrastructures » de Susan Leigh Star

Figure éminente des Science and Technology Studies (STS), Susan Leigh Star (1954-2010) fait partie de la génération des disciples d’Anselm Strauss qui investissent au début des années 1980 l’étude sociologique des sciences biomédicales. De son appartenance à la tradition de l’École de Chicago et de l’interactionnisme symbolique, Star hérite de questionnements, de modes d’analyse, et d’une sensibilité ethnographique qui portent la marque de la théorie des mondes sociaux (Strauss, 1978) et de la Grounded Theory (Glaser et Strauss, 1967), cette forme de systématisation des données empiriques qui produit des concepts à partir du terrain. À l’instar de l’approche écologique développée dans la sociologie urbaine d’un Robert Park, Star aborde d’emblée l’activité scientifique comme impliquant des acteurs issus de mondes sociaux hétérogènes, porteurs de perspectives distinctes, et qui doivent négocier des manières de cohabiter et de coopérer afin de « faire des choses ensemble » (Becker, 198...

Quelle: http://journals.openedition.org/traces/8443

Comités du numéro

Comité de rédaction

Anaïs Albert, Olivier Allard, Thomas Angeletti, Pierre Charbonnier, Amina Damerdji, Juliette Galonnier, Romain J. Garcier, Samuel Hayat, Yaël Kreplak, Igor Krtolica, Natalia La Valle, Stefan Le Courant, Camille Paloque-Bergès, Anthony Pecqueux, Christelle Rabier et Federico Tarragoni

Comité de lecture

Marie Alauzen, Isabelle Backouche, Frédéric Barbe, Jeoffrey Becker, Renaud Bécot, Sylvaine Bulle, Éric Chauvier, Josquin Debaz, Vincent Denis, Laurent Devisme, Marnix Dressen, Arlette Farge, Matthias Finger, Jean-Baptiste Frétigny, Pascale Froment, Yves Grafmeyer, Cyriaque Hattemer, Emmanuelle Hellier, Irène Hirt, Sophie Houdart, Agnès Jeanjean, Arthur Jobert, Claire Le Renard, Valérie Mannone, Catherine Maumi, Raphaël Morera, Philémon Muamba Mumbunda, Serge Paquier, Arnaud Passalacqua, Thierry Pillon, Serge Proulx, Charlotte Ruggieri, Grégory Salle, Alexis Sierra, Éric Verdeil, Dominique Vinck et Fabienne Wateau

Comité scientifique 

Howard S. Becker, Sacha Bourgeois-Gi...

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Gérer les dysfonctionnements. Les ingénieurs de l’assainissement à Varanasi (Inde)

Les infrastructures urbaines sont souvent particulièrement remarquables en Inde du fait de leurs défauts (coupure, fluctuation importante, état délabré, etc.), ainsi que de leur rythme de construction soutenu (grands projets de dépollution, métro, ponts autoroutiers, etc.). Dans cet article, je m’intéresse au réseau d’assainissement de la ville de Varanasi, devenu depuis les années 1980 un symbole de ces difficultés de gestion urbaine, notamment à cause du déversement quotidien de centaines de millions de litres d’eaux usées sans traitement dans le Gange, et ce malgré des investissements massifs (Alley, 2014). En me concentrant sur le personnel technique qui gère et entretient les stations d’épuration et de pompage désavouées, je tente d’analyser à la fois leur vision et analyse des dysfonctionnements, et le rôle des dynamiques sociales, professionnelles et institutionnelles dans la pérennité de l’échec.

Quelle: http://journals.openedition.org/traces/8347

L’invisible qui façonne. Études d’infrastructure et gouvernance d’Internet

Cet article analyse un ensemble de travaux interdisciplinaires, dérivés notamment des Science and Technology Studies (STS) qui, suivant le travail pionnier de Geoffrey Bowker et de Susan Leigh Star, ont eu pour finalité d’étudier les infrastructures informationnelles et numériques dans leur « matérialité » en estimant qu’il faut dépasser la compréhension des infrastructures comme des systèmes seulement physiques. L’article démontre l’utilité de ces travaux pour le chercheur qui se propose de mobiliser la notion d’infrastructure comme un instrument heuristique afin de comprendre la gouvernance de l’information et des réseaux numériques, tout particulièrement de l’Internet.

Quelle: http://journals.openedition.org/traces/8419

La bioraffinerie : mythe structurant d’une infrastructure clé de la transition écologique

Parangon de l’innovation dans le domaine de la bioéconomie et de la transition énergétique, la bioraffinerie cherche à transformer la biomasse (agricole, sylvestre ou les déchets) en différents produits (énergie, nourriture humaine et animale, matériaux et molécules plateformes), en mimétisme avec la raffinerie pétrolière classique. Elle ressort d’une narration entretenue par différents acteurs, pouvoirs publics, entreprises agro-industrielles, qui considèrent tous que ces nouvelles activités de valorisation de matières renouvelables permettront de satisfaire les impératifs environnementaux et de répondre aux injonctions d’une économie plus circulaire, où les retombées économiques positives d’une infrastructure profitent au territoire d’accueil. Au demeurant, dans leur structuration technique, comme dans leur insertion socio-spatiale, ces infrastructures n’amènent pas la « révolution » annoncée.

Quelle: http://journals.openedition.org/traces/8259

Des réseaux aux écosystèmes : mutation contemporaine des infrastructures urbaines de l’eau en France

En France aujourd’hui, la gestion de la pluie et des cours d’eau en milieu urbain est associée à un discours à teneur environnementale, qui insiste sur la triple nécessité de disposer d’espaces aquatiques en ville, d’en préserver les milieux ou de les restaurer. Or la naissance de la ville contemporaine, depuis le xixe siècle, s’est faite par l’assèchement du milieu urbain, dont l’eau de pluie et les cours d’eau ont été canalisés par des infrastructures en réseaux souvent souterraines. Cet article propose une analyse de ce changement de discours et de pratique, en parcourant les pensées techniques qui président à la gestion de l’eau en ville depuis le xixe siècle. Dans cette perspective, une attention particulière est portée à la période identifiée comme étant celle d’un tournant environnemental : celle qui couvre les années 1970 à aujourd’hui (2015).

Quelle: http://journals.openedition.org/traces/8299

Ce nuage que je ne saurais voir. Promouvoir, contester et réguler les data centers à Plaine Commune

Tandis que les données informatiques deviennent un enjeu commercial et politique majeur, une infrastructure occupe une place croissante sur les territoires : les centres de stockage de données ou data centers. Les façades aveugles des entrepôts massifs dans lesquels s’installent leurs opérateurs nous projettent bien loin des nuages qu’évoquent le cloud ou des discours sur la dématérialisation permise par le numérique. Le nord de Paris connaît l’essor entre 1990 et 2015 de la plus importante concentration de centre de données en Europe, générant des interrogations croissantes et des controverses entre riverains, élus, agents territoriaux et employés en charge de la gestion des réseaux électriques. L’article propose d’éclairer ces tensions en montrant la pluralité des manières de rendre visibles les data centers, c’est-à-dire, en analysant les dimensions matérielles, économiques, juridiques et écologiques qui sont saisies par les acteurs du territoire pour promouvoir l’implantation de...

Quelle: http://journals.openedition.org/traces/8235