Quand le phare illumine de mille feux. Promesses et naufrage de l’héritage guévariste
Mieux que deux cents discours, la liquidation d’un camion de transport de troupes ou l’exécution publique d’un policier tortionnaire font plus de propagande effective, hautement et profondément politique, sur la population avoisinante. […] Après, le discours est possible : il sera plus certain d’être entendu. […] Détail significatif : en deux ans de guerre Fidel n’a pas tenu un seul meeting dans son aire d’opérations.
Régis Debray, 1967, Révolution dans la révolution ? Lutte armée et lutte politique en Amérique latine, p. 53.
L’ouvrage célèbre du jeune philosophe français Régis Debray, Révolution dans la révolution ? paru en 1967, conjuguait populisme, anti-intellectualisme, jeunisme, ruralisme et anti-réformisme dans des formules et des maximes qui pourraient aujourd’hui sembler quelque peu rudimentaires. Debray s’était donné pour objet de populariser les enseignements tirés de la révolution cubaine, en particulier ceux liés au potentiel du foco, le foyer insurrectionnel rural au cœ...
Quelle: http://traces.revues.org/6001
Penser la violence politique, de l’Argentine à l’Europe. Entretien croisé avec Fanny Bugnon, Isabelle Lacroix et Isabelle Sommier
Cet entretien part d’une interrogation sur la réception tardive de l’œuvre de Pilar Calveiro en France, aussi bien de Pouvoir et disparition (2006), qui examinait la violence de l’État argentin pendant les années 1970, que le plus récent Política y/o violencia, dont de larges extraits sont traduits et publiés dans ce numéro de la revue Tracés. Dans ce dernier ouvrage, Calveiro explore, au-delà de l’indéniable – et principale – responsabilité du pouvoir militaire, les logiques et les pratiques des groupes guérilleros, dont Montoneros dont elle a été membre, pour éclairer des responsabilités spécifiques dans la déflagration de violence qui les a détruits (2013). La préparation par les politistes Fanny Bugnon et Isabelle Lacroix d’une journée d’étude sur le thème « Ce que la violence politique fait aux carrières militantes (France, 1962-2012) », le 7 février 2014 au Centre Émile Durkheim à Sciences-Po Bordeaux, a été l’occasion de réunir trois chercheuses en science politique pour un e...
Quelle: http://traces.revues.org/6004
Gendered Citizenship in a Multidimensional Perspective: The Challenges Facing Norway within the Nordic Model
10.1080/08038740.2014.964769
Sevil Sümer
Quelle: http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/08038740.2014.964769?ai=z4&mi=3fqos0&af=R
Social Investment in Gender Equality? Changing Perspectives on Work and Welfare in Norway
10.1080/08038740.2014.964647
Arnfinn H. Midtbøen
Quelle: http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/08038740.2014.964647?ai=z4&mi=3fqos0&af=R
Intersections and Inconsistencies. Framing Gender in Right-Wing Populist Discourses in Austria
10.1080/08038740.2014.964309
Stefanie Mayer
Quelle: http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/08038740.2014.964309?ai=z4&mi=3fqos0&af=R
Civilisation et psychotropie
Dans la vie quotidienne, nous faisons fréquemment des choses qui altèrent nos humeurs et nos sentiments. Ces altérations sont traduites par des messages chimiques qui ne cessent de varier et qui sont transmis à nos tissus et à notre cerveau. En principe, un observateur omniscient des humeurs humaines pourrait être capable de suivre tous ces changements, tel un technicien dans un studio d’enregistrement face à une pléiade d’instruments de mesure fluctuant. Chaque indicateur sur le tableau enregistrerait un agent neurochimique différent : sérotonine, dopamine, tous les androgènes et les œstrogènes, ainsi qu’une douzaine d’autres encore. Toutes les aiguilles suivraient un rythme de variation assez lent, mesuré à l’échelle de plusieurs heures, jours, voire semaines. Certaines, comme celles qui enregistrent l’adrénaline, la noradrénaline ou encore la corticolibérine, laisseraient voir de temps en temps des pics et des chutes rapides, correspondant à des chocs soudains ou à des accès de r...
Quelle: http://traces.revues.org/6006
La théorie sociale après Strathern : une introduction
Introduction
Je ne porte pas de gants, j’aime voir pousser les choses. Je préfère enlever les mauvaises herbes que creuser, cela satisfait mon désir d’ordre. J’ai bien peur que mon jardinage soit en grande partie une façon d’imposer de l’ordre… Je ne plante pas de graines, et j’achète très rarement des plantes en pot. Ce que je fais en fait, c’est désherber, couper, élaguer, enlever les mauvaises herbes pour que les plantes puissent pousser, me réjouir des plantes… Oh, et aussi les tailler… Le jardinage, c’est de l’attention, de l’organisation, de la mise en ordre, et pourtant dans ce que l’on met en ordre… dans ce que l’on fait, rien n’est changé au point de ne pouvoir être réparé. Au contraire, la plante réagit en resplendissant et en poussant. Et je ne vois pas dans quel autre domaine cela se produit. (Strathern dans un entretien avec Janet Carsten, 2014)
Puisque Marilyn Strathern est devenue l’emblème d’un certain type d’anthropologie, la question de la théorie sociale après et d’...
Quelle: http://traces.revues.org/6023
Comment la psychologie pourrait être utile aux historiens
Il n’est pas toujours inutile de préparer des révolutions qui n’auront pas lieu. Celle que propose On Deep History and the Brain (2008) va, de son propre aveu, à contre-courant de bien des évolutions de la discipline historique : de plus en plus spécialisée, concentrée sur des époques récentes, de plus en plus tentée (du moins aux États-Unis) par des théories qui font peu de cas de la biologie et du cerveau humains. Daniel L. Smail propose au contraire d’élargir considérablement le domaine de l’histoire (jusqu’à y englober l’archéologie, l’anthropologie comparée, et la préhistoire) et de la mettre en contact avec l’anthropologie et la psychologie darwiniennes qui se sont développées durant les trente dernières années.
L’ouvrage de Smail n’est pas seulement stimulant par ce qu’il affirme ; il est rafraîchissant dans ce qu’il omet. Jusqu’à récemment, aucune discussion académique des liens entre psychologie et histoire ne pouvait faire l’économie d’une longue discussion de plusieurs not...
Quelle: http://traces.revues.org/6013
Traduire et introduire les sciences humaines
A-t-on encore vraiment besoin de traduire des textes de sciences humaines en français ? La question se pose parfois, et certains soulignent une asymétrie fondamentale : si les auteurs francophones doivent traduire leurs travaux pour espérer avoir une influence mondiale, l’inverse ne serait pas ou plus vrai. Le monde de la recherche serait unifié par une langue véhiculaire – l’anglais –, la mobilité internationale des universitaires, ou encore l’accès immédiat aux publications électroniques. Publier en français les textes d’auteurs étrangers pourrait avoir un intérêt pour le grand public, mais très peu pour les chercheurs eux-mêmes, puisqu’ils auraient déjà les compétences et les moyens techniques (légaux ou pirates) de lire tout ce qui compte – c’est-à-dire tout ce qui est disponible en anglais.
Sans nier aucunement l’existence d’un espace intellectuel et universitaire mondialisé (en a-t-il jamais été autrement ?), ce hors-série de Tracés repose sur l’idée qu’un tel espace est cepend...
Quelle: http://traces.revues.org/5986